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Mardi 10 fevrier: cours de traduction dans le tranway

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Cours de thème et de littérature comparée dans le tramway transformé en amphi

Le prof n’a pas choisi son texte au hasard : «Napoléon le petit», extrait du pamphlet politique de Victor Hugo, qu’il lit à haute voix dans l’allée du tramway. Autour, les passagers sourient. Et debout en cercle, face à l’enseignant, les étudiants notent, cahier ouvert, et genou souple pour compenser freinages et accélérations sur les voies.

«Bordeaux 3 vous offre un cours de traduction», clame le professeur, à l’ouverture des portes, pour saluer l’arrivée d’une nouvelle vague de voyageurs. «Toute personne qui aimerait se joindre à nous, et nous faire part de sa réflexion est la bienvenue». Blouse blanche bien en vue, l’universitaire poursuit donc l’exercice de thème, corrigeant les propositions de ses élèves qui improvisent une version anglaise du poème.

Amusés, les passagers suivent le cours d’une oreille. «Le choix du texte est symbolique et tout à fait adapté, pouffe Sonia. Il se lit entre les lignes comme un clin d’œil». «C’est excellent», confirment Anna et Jeremy qui sortent de l’IEP. Tous les deux sont enthousiastes. «C’est une façon parfaite de soutenir à la fois une opinion et de faire cours aux étudiants. Et en plus c’est original».

Quelques mètres plus loin, dans la même rame, Véronique Beghain, spécialiste de littérature américaine fait elle aussi un cours de traduction littéraire anglais-français à une dizaine de master-pro. La discussion porte sur un terme d’argot des années 1950 désignant les toilettes. «Gogues me paraît le plus adapté», indique l’enseignante. «Excusez-moi, mais je ne connais pas ce mot ?», s’inquiète une élève. «L’équivalent de chiottes aujourd’hui», précise la prof. Oeillades dubitatives des badauds.

«On ne renie pas du tout les exigences de contenu, précise l’universitaire pour expliquer sa démarche. On sort juste de l’université pour montrer un peu ce qu’on fait et pourquoi on le fait. C’est notre façon de rendre visible notre profession et nos revendications. De rester mobilisés tout en continuant à faire ce qu’on aime, c’est-à-dire enseigner». Depuis hier, les cours de ce type se succèdent dans le tramway et un peu partout en ville. Les profs préviennent leurs élèves par mailing. Ils ont investi la ligne entre le campus et la place de la Victoire, sur laquelle un aller-retour correspond à peu près à une session d’une heure.

Et du côté des étudiants, l’initiative est très bien perçue. Marie, qui travaille pour financer ses études, regrette de ne pas toujours pouvoir aller aux manifs. «Pourtant, j’ai envie de m’impliquer, explique-t-elle. Etre présente à ces cours, c’est une très bonne manière de faire quelque chose, d’afficher que je suis solidaire». Même chose pour Geneviève, qui, si elle avoue des difficultés à se concentrer, apprécie de pouvoir malgré tout «suivre le programme», et surtout de  «montrer que nous sommes unis, et que nous ne vivons pas dans un monde à part».

A l’arrêt suivant, c’est un cours de littérature comparée, dédié aux «poètes d’Alexandrie», qui s’apprête à démarrer. Un petit groupe déguisé en troubadours et en hommes sandwichs vient annoncer la prochaine manif, qui partira de soir à 18 heures de la Victoire. L’ambiance est détendue, et les passagers se laissent volontiers distraire. «C’était super intéressant, et le trajet est passé tellement plus vite», applaudit, une jeune femme.

Demain, par contre, c’est l’université qui reçoit, avec une grande journée portes ouvertes à Bordeaux 3. Elle invite en particulier l’ensemble de la communauté enseignante du primaire et du secondaire dans le but de «s’unir», et de «montrer la continuité des attaques contre le système éducatif», pointe Véronique Beghain. Au programme, en particulier, un vaste débat à partir de 16 heures, sur le thème : «Pourquoi l’école de demain ne formera plus de petits Guy Moquet». Encore une référence littéraire devrait faire écho au plus haut sommet de l’Etat.

Article de Laure Espieu, Liberation, 11/02/2009.
Photo : Nicolas Tucat.

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4 Responses to “Mardi 10 fevrier: cours de traduction dans le tranway”


  1. 1 une 68tarde s'exprime
    febrero 11, 2009 en 9:31 pm

    Je trouve ça bien triste, un peu trop folklo; ça va dans le sens de la caricature; un prof est déjà perçu comme un clown, ça ne va pas arranger son image; je sais bien qu’on ne croit plus à la révolution mais tout de même…Il n’y a pas d’autres moyens pour se faire entendre? Je crois que notre petit napo peut dormir sur ses deux oreilles, bien tranquille. Encore un mouvement qui ne va rien donner ou peu de chose, je le crains.
    Je voudrais dire aux gens qui travaillent dans les universités ceci : le ministère a commencé a reformer le collège, le primaire puis le lycée;ils en pris plein la gueule; il était évident que bientôt ce serait votre tour; avez-vous a bougé? Avez-vous été solidaires de tous ces enseignants qui parfois on fait grève pendant de longues semaines, plus d’un mois et qui n’ont pas été payés, à votre différence bien souvent? N’avez-vous pas compris, vous, l’élite de la nation que l’enseignement est une chaîne?Que si on frappe aux jambes le corps s’écroulera?

  2. 2 soloosos
    febrero 12, 2009 en 5:59 am

    Je suis pas du tout, mais pas du tout d’accord avec cette Ourse 68… Grrrr….
    Je trouve que c’est très bien de faire le clown quand on est prof… Un prof n’est que ça: un clown… Pour le mieux et pour le pire… Et j’assume et aujourd’hui c’est à moi de faire de clown avec un… ta ta ta… atelier d’écriture en centre ville… On verra ce que ça donne… En tout cas, ça sera pas triste!!!

  3. 3 a Soloosos
    febrero 12, 2009 en 6:59 am

    Creo que confundes “actor” y payaso, querido Oso; ademàs un payaso es de una tristeza absoluta; por eso mismo siempre hui del circo que es para mi una pesadilla; soy profesora y aspiro a otra cosa; si fuera estudiante hoy dia estaria desesperada; no por la huelga y el movimiento sino por la forma que toma esa huelga y ese movimiento, aunque sea eficaz (me dicen que lo es).
    Que te diviertas mucho con tus estudiantes, querido Profe Oso(te aburres por regla general?Acabaré pensàndolo)

  4. 4 soloosos
    febrero 12, 2009 en 9:52 am

    No confundo “payaso” y “actor”… El payaso es un actor, aunque no todos los actores sean payasos… La vida es un circo. Para bien. Y para mal. Lo mejor es reir. Y asumirse como payaso. En su defecto: hacerse amigo de los payasos. No quiero que me hablen mal de los payasos. Sobre todo en este momento. Cuidadito!


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Autor/Auteur

DIEGO VECCHIO, Buenos Aires, 1969. Reside en Paris desde 1992.

Publicó "Historia calamitatum" (Buenos Aires, Paradiso, 2000), "Egocidio: Macedonio Fernández y la liquidación del yo" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2003), "Microbios" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2006) y "Osos" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2010).

Contacto: dievecchio@gmail.com

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