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Mercredi 18 février: et d’un seul coup, 100 personnes se mirent à lire place St-Michel.

Les universitaires en grève organisaient mercredi midi à Paris une lecture éclair.

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Un lieu (place Saint-Michel), un jour (mercredi), une heure (midi), et un livre au choix. Il se passe alors deux choses : la place Saint-Michel semble se figer d’un coup, et, simultanément, un brouhaha monte, couvrant le bruit de la fontaine parisienne. Ils sont une bonne centaine à lire tout haut, immobiles, le nez dans leur bouquin. Dans cet ensemble compact de voix d’abord indistinctes, on attrape des bribes de phrases, lues plus ou moins vite, avec plus ou moins d’emphase. «C’était parce que je croyais aux choses…» (Proust), «…ses cheveux crépus…» (Eugène Sue), «…la brûlure du napalm…» (Jean Ziegler), «…les feuilles du ginko tombaient des branches comme une pluie menue…» (Italo Calvino), «…non sans la crainte amère d’un refus…» (Eugène Sue, bis), «…la parole retenue et contenue au cœur du système…» (Arlette Farge) Les consignes de cette flash mob («mobilisation éclair») organisée par les enseignants-chercheurs en grève tenaient en quelques mots: venir avec un livre, lire un passage pendant cinq minutes, se disperser. Simple, rapide, médiatiquement efficace (en l’occurence l’opération a attiré quelques caméras et une dizaine de photographes) et plus moderne qu’une bonne vieille manif. Les participants, étudiants ou enseignants pour la plupart, ont été prévenus par mail, texto, bouche à oreille. Depuis le début du mouvement il y a trois semaines, les universitaires mobilisés déclinent toute une panoplie d’actions de ce type: cours «hors les murs» en pleine rue ou dans le tramway, lecture-marathon de la Princesse de Clèves, freezing (un classique de la flash mob)… On observe les livres et leurs propriétaires: une étudiante piercée lit en espagnol un roman intitulé Lo Prohibido, un enseignant de Paris I s’est fixé sur un texte de Jonathan Swift, Modeste proposition. Des lectures en cours, des auteurs cultes, des illustres inconnus, des pavés annotés au crayon, des poches pour faire pratique et des belles éditions pour faire bien. Excepté un Marc Lévy (qu’on soupçonne d’être un choix deuxième degré), quelques polars écornés et deux-trois auteurs SF, les liseurs ont sorti les classiques: Platon, Aragon (très en vogue avec cinq exemplaires recensés à vue d’œil), Baudelaire (au moins deux Fleurs du Mal), Garcia Lorca, John Irving, Albert Cohen… Marc, directeur d’une section spécialisée d’un collège de Sarcelles (Val-d’Oise), a apporté «directement depuis sa table de chevet» sa lecture du moment, Les Amitiés et les Amours de Max Jacob. Son épouse, prof d’Arts plastiques, a choisi un essai d’une chercheuse du CNRS, Arlette Farge. Pourquoi sont-ils là ? «C’est une action symbolique contre les réformes menées ces derniers temps dans l’Education et, au-delà, contre toute une logique de contrôle de privatisation, au détriment de la transmission du savoir.» D’autres parlent de «défaite de la pensée» ou de «droit au savoir». 12h05, nouveau coup de sifflet. Fugitive impression de silence et le bruit de la rue reprend tout à coup le dessus. Les livres se ferment, leurs lecteurs repartent vers la Sorbonne, le métro ou le café du coin, laissant la place aux touristes.

Article de Cordelia Bonal. Libération 18/02.

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2 Responses to “Mercredi 18 février: et d’un seul coup, 100 personnes se mirent à lire place St-Michel.”


  1. febrero 23, 2009 en 5:23 pm

    ça va? llegué a tu blog por casualidad buscando unas cosas de francés en google, y por curiosidad se me ocurrió preguntarte si tu novela/libro de relatos se encuentra disponible en Buenos Aires o si bien se pueden leer desde algún lugar de la net.
    gracias, bisous

  2. 2 soloosos
    febrero 23, 2009 en 6:02 pm

    Mi último libro “Microbios” se puede conseguir en Buenos Aires, sin problemas…En cuanto a la novela sobre los osos, todavia es “work in progress” y hay que esperar un poco… Tal vez este año, si las Musas Ursinas estan conmigo… Gracias y hasta pronto.


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Autor/Auteur

DIEGO VECCHIO, Buenos Aires, 1969. Reside en Paris desde 1992.

Publicó "Historia calamitatum" (Buenos Aires, Paradiso, 2000), "Egocidio: Macedonio Fernández y la liquidación del yo" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2003), "Microbios" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2006) y "Osos" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2010).

Contacto: dievecchio@gmail.com

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