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7 novembre: 7 jours, 7 clowns, 7 familles

Et le clown créa la vie… par Camille Chalain

En ce dimanche après-midi où les bottes étanches étaient de rigueurs, le cabaret clownesque qui venait clôturer la nouvelle création de l’Apprentie Compagnie n’est en fait que la partie haute de l’iceberg. 7 jours, 7 clowns, 7 familles est un projet qui à pris tout sa dimension dans la programmation de Pronomade(s), cette fois-ci en co-réalisation avec le Théâtre Municipal de Saint Gaudens. Et le mauvais temps n’a pas dissuadé le public de venir assister massivement à ce spectacle, puisque ce lieu dédié à la création affichait plus que complet.
L’Apprentie Compagnie, que l’on retrouve à nouveau dans les parages du Clou après Le tout nous à la Grainerie et Proz band à L’Usine, a conçu une nouvelle forme de création pour le moins originale, en mettant l’accent sur ce qu’elle appelle une “fabrique de liens”. Il était question pour quelques familles saint-gaudinoises (au passage, toutes issues des services de la ville et de la communauté de communes) d’accueillir à la maison non pas les célèbres samouraïs venus délivrer le village de l’oppresseur, mais sept clowns qui n’en seront pas moins libérateurs.
Et c’est ainsi que sept jours plus tôt, tout ce petit monde s’est retrouvé sur le quai de la gare pour offrir l’hospitalité à cette tripotée de nez rouges. Situation des plus insolites, qui s’est poursuivie dans l’intimité des foyers aussi bien que dans les rues, écoles, piscines, boutiques, supermarchés et jusque sur le lieu de travail, car il faut bien sortir son clown de temps en temps. Aller savoir, au final, qui suivait l’autre… Il est facile d’imaginer les situations les plus incongrues et les réactions les plus diverses lors de ces pérégrinations, le plus souvent déclencheuses de franche rigolade, mais aussi d’expulsions assez virulentes. Les différences de vie, certes ici volontairement poussées au extrêmes, sont hélas encore une vraie source de peurs. Il faut dire que le clown s’empresse souvent de faire vaciller la réalité et les choses entendues.

 

Mr Kreg

 

“Heigh-ho, heigh-ho, on rentre du boulot!”

A l’issue de cette semaine, un retour de clowns s’imposait. Ainsi Fritz, Jean-Christian, Mister Kregg, Proserpine, Prudence, Sushi et Vulcano sont tous là, perdus dans leur gesticulations et mimiques insensées. Quant aux généreux et téméraires accueillants, privilège oblige, ils sont installés dans des espaces sortis de leurs cocons familiaux : le canapé du salon pour certains, un vaste lit pour d’autres et même carrément dans une baignoire.
Loin des mièvreries, cette furieuse bande de clowns commence par l’énumération de toute les bonnes raisons de ne pas accueillir un de leurs congénères chez soi. Ça monte sur le lit sans s’essuyer les pieds, ça casse tout, ça a des tendances kleptomanes et ça kidnappe les enfants pour les changer de famille – bref, ça bouscule! Et il est bien sûr qu’en tant que dignes clowns, ils mettront souvent et allègrement les deux pieds dans le plat. L’interrogatoire des familles est fait d’un humour aussi lourd que subtil : “Vous échangeriez votre clown contre deux barils de lessive ?”, “Est-ce que vous croyez en Dieu depuis que vous avez un clown à la maison ?”
Et la suite du spectacle est dotée d’une bonne dose d’acidité, d’autodérision, de sexe et d’amour. Un enchaînement de clowneries totalement déjanté, devant une assemblée souvent tordue de rire qui assiste médusée à une incroyable reprise du Boléro de Ravel version Béjart, plateau circulaire à l’appui, carrément hilarante. Plus tard, c’est la reconstitution délirante d’une sortie à la piscine, puis une remise de cadeaux très révélateurs des us et coutumes des familles, ou encore une déclaration du clown-citoyen très militante, pour finir par de beaux adieux.

Mr Kreg, avec Fritz & Proserpine

 

Un autre regard

A entendre les commentaires des familles après le départ définitif des clowns, qu’ils ne verront jamais en vrai, hors du personnage, mesure est faite de la portée de la proposition : “Alors maintenant on va souvent changer de place à table, parce que le clown nous a appris ça” ; ou encore : “Il nous a vraiment redonné le sourire, nous l’avions perdu…”
Ce cabaret repose donc sur l’expérience d’un vécu. Une création post-divine faite en sept jours, née de l’écoute et de l’observation des comportements de vie. Une restitution dotée de toute la permissivité de l’expression clownesque, qui met souvent le doigt là où il faut, mais toujours avec le plus grand respect, une vraie délicatesse et beaucoup de finesse. Si cette horde de clowns est bien loin des Ronald McDonald et autres caricatures de clowns que l’on impose aux plus jeunes, elle se compose malgré tout de niveaux de jeu assez inégaux. Notons également, parmi le peu d’accrocs, la mise en orbite d’une mini fusée dont l’ascension fit hélas quelque peu chuter l’intensité jusqu’alors atteinte.
Mais il s’agit d’une proposition au caractère profondément humain, pleine de tendresse et portée par la revendication. Proserpine tire allégrement sont épingle du jeu avec un remarquable passage sur l’ambiguïté du soignant sachant soigner soigneusement sans se laisser soigner soi-même, faisant ainsi preuve de toute la maîtrise des subtilités de son art. Précisons tout de même au passage que la belle bonde qui se cache dernière les manettes en régie n’est autre que son fidèle acolyte, Bob, qui contribue largement au travail d’écriture.
Constatation est donc faite que d’accueillir un clown à la maison n’est pas seulement casser le quotidien, mais porter un autre regard sur la différence et sur sa propre vie. Avis aux amateurs…

Mr Kreg, avec Jean-Christian & Sushi

Le Clou dans la Planche

http://www.lecloudanslaplanche.com/critique-561-7.jours.7.clowns.7.familles-et.le.clown.crea.la.vie..html#


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3 Responses to “7 novembre: 7 jours, 7 clowns, 7 familles”


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Autor/Auteur

DIEGO VECCHIO, Buenos Aires, 1969. Reside en Paris desde 1992.

Publicó "Historia calamitatum" (Buenos Aires, Paradiso, 2000), "Egocidio: Macedonio Fernández y la liquidación del yo" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2003), "Microbios" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2006) y "Osos" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2010).

Contacto: dievecchio@gmail.com

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