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samedi 11 décembre: le cas de la famille Coleman

Dans «la famille Coleman», je demande l’amer

L’auteur argentin Claudio Tolcachir met en scène sa farce cruelle au festival d’Automne de Paris.

Par Réné Solis

Affreux, sales et méchants, les membres de la famille Coleman n’ont pas grand-chose à envier à ceux de la famille Mazzatella, immortalisée en 1975 par le film d’Ettore Scola. Chez les Coleman, pas de patriarche borgne (rôle qu’interprétait Nino Manfredi), mais une grand-mère qui veille tant bien que mal sur sa tribu dégénérée. Nous ne sommes pas à Rome mais à Buenos Aires et la pièce de Claudio Tolcachir est une variation sur un des thèmes de prédilection du théâtre latino-américain : le huis-clos familial, décliné ici sur le mode de la comédie noire.

Pilules. Dans la famille Coleman, il n’y a pas que la grand-mère, on trouve aussi Néné, la mère (âge mental, 10 ans) et les petits-enfants Damian (alcoolique), Gaby (esclavagisée) et Marito (schizophrène). Veronica, leur grande sœur, a échappé au cloaque : beau mariage, deux enfants, un chauffeur (avec qui elle couche sans doute) et un amant médecin. Chez les Coleman, tout est fissuré, à commencer par les murs de la maison. Le frigo est vide, la machine à laver en panne et le gaz coupé (factures impayées). Reste, pour se réchauffer, une certaine promiscuité (Marito dort avec sa maman), les échanges de coups et les pilules – des diurétiques périmés – dont tout le monde fait une grosse consommation.

Claudio Tolcachir a le trait féroce et le sens du rythme. On pénètre d’autant plus facilement l’intimité des Coleman que les acteurs ont de la tendresse pour les monstres qu’ils incarnent et les sauvent de la caricature. L’humour noir de Tolcachir culmine à la fin du premier acte, quand les occupants de la maison, plus ou moins saouls, ne remarquent pas que la grand-mère a fait un malaise. Quand ils appellent enfin le Samu, personne ne se souvient du numéro de sécurité sociale de l’ancêtre, tout au plus de sa date de naissance. Et tout le monde avait oublié que c’était son anniversaire. Vaguement contrits, ils entonnent un Happy Birthday devant son fauteuil, en attendant l’arrivée de l’ambulance.

Satire. L’hospitalisation ne détruit pas, dans un premier temps, le noyau familial, qui se reconstruit autour et même dans le lit de l’aïeule. La farce frise alors le fantastique, avant un ultime pied de nez mélancolique, qui éclaire le titre original de la pièce, la Omisión de la familia Coleman («l’oubli de la famille Coleman»).

Humour vache et satire sociale : en France, c’est sans doute l’univers de Tilly qui se rapprocherait le plus de celui de Tolcachir. Pas franchement novateur, ce théâtre néoréaliste est aussi efficace que bien joué. On devrait en avoir confirmation avec El viento en un violin, autre production de la compagnie argentine, à l’affiche de la Maison des arts de Créteil (puis au théâtre Garonne de Toulouse), du 16 au 20 novembre.

Libération, 22/10/2010

http://www.liberation.fr/theatre/01012297718-dans-la-famille-coleman-je-demande-l-amer

 

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Autor/Auteur

DIEGO VECCHIO, Buenos Aires, 1969. Reside en Paris desde 1992.

Publicó "Historia calamitatum" (Buenos Aires, Paradiso, 2000), "Egocidio: Macedonio Fernández y la liquidación del yo" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2003), "Microbios" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2006) y "Osos" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2010).

Contacto: dievecchio@gmail.com

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