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5 décembre: rencontre à l’IUT Michel de Montaigne, avec David Vincent

Depuis huit ans l’association Lettres d’échanges organise des rencontres avec des auteurs étrangers à l’occasion de la manifestation Lettres du Monde. Cette année l’Argentine est à l’honneur. Ainsi, la littérature sud américaine a franchi les portes de l’IUT Michel de Montaigne grâce à la venue de Diego Vecchio.

Diego Vecchio est né à Buenos Aires en 1969. Il y fait des études de psychanalyse qu’il poursuit en France dès l’âge de 23 ans en choisissant d’approfondir sa connaissance de l’école lacanienne. Il finit par y étudier la littérature, qu’il enseigne aujourd’hui. Pour lui, celle-ci n’est pas si éloignée de la psychanalyse qu’il perçoit même comme une branche de la littérature. Il écrit son premier roman en 2000 au moment de la crise en Argentine, Historia Calamitatum. C’est une œuvre épistolaire, genre peu pratiqué dans les littératures de langue espagnole. Il s’inspire pour cela des grands romans épistolaires français du XVIIIe siècle comme les Liaisons dangereuses en ajoutant un grain de folie. Par cette œuvre, Diego Vecchio voulait renouer avec sa langue maternelle qui, selon ses mots, était devenue une « langue morte » à ses yeux à une époque où il avait cessé de la parler régulièrement.

Après avoir soutenu une thèse sur l’œuvre du mentor de Jorge Luis Borges, Macedonio Fernández, en 2001 il continue à écrire en espagnol. Il retrouve un rapport fort à sa langue grâce au jeu qu’il mène avec les difficultés de celle-ci. Il s’amuse à créer, étudie les sonorités et les jeux d’écritures. Osos, sa dernière œuvre, en est un exemple fort.

La maison d’édition L’Arbre Vengeur nous offre la seule œuvre traduite de Diego Vecchio à ce jour. Microbios paraît en langue originale en 2006 et en français en 2010. Le recueil est composé de neuf nouvelles chacune centrée sur un personnage confronté à la maladie. La littérature argentine de Jorge Luis Borges, le « modèle gênant », lui impose la forme de la nouvelle. Cependant il s’en démarque, même s’il nous dit : « en tant qu’Argentin, il faut négocier avec Borges pour pouvoir écrire ». Ainsi, il traite le corps qui est un thème absent dans l’œuvre de Borges. Il trouve par ailleurs plus intéressant de s’intéresser aux maladies du corps qu’à celles de l’esprit. Pour Diego Vecchio, l’écriture ne peut pas être envisagée comme quelque chose de rationnel. L’écriture est une sorte de symptôme, elle s’impose à lui. Il ne réfléchit pas aux thèmes et à la forme quand il écrit. Il nous confie que les sujets tombent sur lui, « arrivent comme des rêves » et il s’agit de les laisser faire irruption. On peut comparer l’auteur à l’étudiant Roderick Glover soignant ses migraines grâce à la traduction dans la nouvelle « l’Homme aux fourmis dévisseuses ». Diego Vecchio nous dit : « Je me suis rendu compte, à la fin, que j’avais écrit sur la littérature et la maladie ».

Le dictionnaire Larousse lui a permis de trouver des termes médicaux aux sonorités mélodieuses et esthétiques. Ce détournement du dictionnaire est aussi un moyen de cultiver l’ambiguïté, dans cette littérature irréaliste pleine de réalisme. Ce jeu traduit de nouveau l’importance du lien avec sa langue natale. Ce travail fut si intense, la description des symptômes si poussée qu’il nous confie être devenu un peu hypocondriaque à l’époque. Ainsi Diego Vecchio  réintroduit le corps de l’écrivain qui a tendance à être refoulé en faveur de l’esprit.

De plus, l’humour est omniprésent dans le recueil Microbes. Il est d’abord un moyen de dédramatiser les sujets horribles traités au fil des nouvelles, de « supporter la maladie et de rendre les choses légères ». Diego Vecchio avoue aimer rire lui-même et pense donc à ses lecteurs lorsqu’il introduit l’humour dans son récit. Pour lui, il est une arme redoutable et permet l’introduction de l’élément critique et l’ironie. C’est aussi une manière de se différencier de Borges.

David Vincent et les autres éditeurs de l’Arbre Vengeur ont été séduits par cette littérature, hors de tout moule, qui déstabilise son lecteur tout en échappant à son auteur.  C’est pourquoi David Vincent a choisi, avec son associé, d’éditer Microbes en français en 2010. L’œuvre s’insère dans le projet éditorial de l’Arbre Vengeur. Fondée il y a dix ans, cette maison d’édition éprouve un grand intérêt pour le thème de la maladie ou de la folie car ses acteurs perçoivent la littérature comme une obsession. David Vincent éclaire cette vision en déclarant : « L’écriture est une maladie très sévère » et « chaque nouvelle [de Microbes] est comme écrite pour notre catalogue ».

L’œuvre est traduite par Denis Amutio. La maquette de l’édition française s’intègre bien dans la ligne graphique de l’Arbre vengeur.

Voici la couverture réalisée par Alain Verdier. L’œuvre elle-même devait s’y refléter tout en s’intégrant dans l’esprit de la collection. Les éditeurs ont donc fait appel à un artiste bordelais lui-même malade. Le choix n’est donc pas anodin, l’illustrateur s’est retrouvé dans l’œuvre par cette douleur que peut être la création. On retrouve à la fois la marque de la maison d’édition, qui est le cercle, et une des thématiques de l’œuvre : le microbe (ce n’est qu’en observant l’œuvre de près, comme au microscope, que le motif se révèle, à l’instar des microbes).

Diego Vecchio n’a pas réellement participé à cette édition française. Il a pu se faire connaître du traducteur mais celui-ci ne l’a pas consulté car solitaire dans son travail. Pour l’auteur, le plus important est  que Denis Amutio ait  perçu « le rythme qui existe en espagnol et l’ait traduit français ». Pour l’éditeur, la traduction est un sujet sensible (les directeurs de collections de l’Arbre vengeur sont eux-mêmes des traducteurs).

L’auteur est plutôt content du résultat final. Un seul mot l’a fait tiquer, un petit mot qui a une grande importance. Il est écrit sur la quatrième de couverture : « fantastique ». C’est ainsi que l’œuvre est qualifiée. Diego Vecchio veut se détacher de cette étiquette trop souvent attribuée aux auteurs argentins. C’est David Vincent qui a écrit cette quatrième de couverture. Il explique que ce choix est commercial. Cette partie du livre servant d’accroche, elle est censée capter le lecteur qui selon lui est attiré et à la recherche de telles étiquettes. Diego Vecchio est attentif à cet argument. Les deux hommes s’accordent à dire que leur collaboration est une  réussite.

Osos sera bientôt traduit ; un ouvrage porté par le thème de l’ours, et plus précisément de l’ours en peluche, qui n’existe pas tellement en Argentine. Diego Vecchio y aborde cette sorte de « religion ursine » surreprésentée en Europe.  La traduction par la même maison d’édition était envisagée en cette fin de conférence tout à fait passionnée et passionnante.

Affaire à suivre…

A.S. Bib.-Méd.

http://littexpress.over-blog.net/article-rencontre-avec-diego-vecchio-et-david-vincent-l-arbre-vengeur-88318422.html

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Autor/Auteur

DIEGO VECCHIO, Buenos Aires, 1969. Reside en Paris desde 1992.

Publicó "Historia calamitatum" (Buenos Aires, Paradiso, 2000), "Egocidio: Macedonio Fernández y la liquidación del yo" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2003), "Microbios" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2006) y "Osos" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2010).

Contacto: dievecchio@gmail.com

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