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2 novembre: la noosfère oursine

Tous les parents du monde savent qu’il n’existe pas de recette miracle pour faire dormir un enfant en bas âge. Aussi, quand Estrella Gutiérrez découvre dans une boutique de Buenos Aires une marque d’ours en peluche, Doux Dodo, qui garantit visiblement un endormissement inévitable et très rapide, se jette-t-elle sur l’occasion. Même le fait que le prénom de l’ourson, Otto, ne fasse pas partie de la gamme de Doux Dodo ne l’inquiète pas. Elle le rapporte donc chez elle et le présente à Vladimir, son fils. Le principe de cette famille d’ours est simple : transposer les peurs enfantines sur le jouet, de façon à ce que l’enfant, plutôt que de ressasser son inquiétude et d’en oublier de s’endormir, s’occupe de son compagnon pour le rassurer et, ce faisant, se tranquillise lui-même. Sauf qu’Otto n’est pas un ours Doux Dodo, et ne va ainsi pas laisser Vladimir dormir : il va le maintenir éveillé, et lui raconter des histoires tantôt horribles, tantôt drolatiques, avec des animaux étonnants, telle cette grenouille, Esméralda, qui prône l’écologie et possède sa propre émission de télévision…

     De l’aveu de l’auteur, l’idée de ce roman lui est venue du terme « oso » (ours, en espagnol), palindrome qui peut également être tourné à 180° tout en restant identique. Partant de là, il avait envie de raconter une histoire universelle, aussi s’est-il tout naturellement tourné vers les ours en peluche, figure mondialement connue. Son imagination féconde a fait le reste ; en effet, après une première scène ubuesque dans un magasin de jouets, ce récit plonge dans le monde des contes. Mais attention ! pas un conte où l’on croiserait des fées ou des princes charmants, mais bien un conte moderne, urbain, qui se déroule en partie dans les égouts mais où l’on convoque l’écologie, où l’on frémit autant que l’on rit. Vecchio réussit ainsi l’amalgame entre le côté cru des décors (les toilettes, les égouts) et une certaine féerie (la rencontre avec Esméralda) : pour peu que l’on ait conservé une part d’enfance, il nous emmène dans une fable fort réjouissante, où l’on ne sait jamais dans quelle direction il a prévu d’aller, ni s’il réussira à retomber sur ses pieds. Peu importe, le plaisir simple de se laisser emporter dans une aventure picaresque a ses vertus ; on pourra bien sûr imaginer qu’il a truffé son livre de quelques références à la société argentine, et plus spécialement à sa capitale (la mafia, l’importance de la télévision), mais, en tout état de cause, le premier degré fonctionne très bien, avec ses personnages hauts en couleurs. À tel point qu’on a parfois l’impression de se retrouver dans un dessin animé.
     Avec Ours, auquel fait écho de manière appropriée la couverture joliment illustrée par Alban Caumont, Diego Vecchio nous propose donc une histoire réjouissante et rafraîchissante, puisant aux peurs et aux émerveillements enfantins, ce qui lui confère son universalité, qui parlera à tous ceux qui ont eu un compagnon en peluche dans leur enfance (voire encore à l’âge adulte pour certains), et qui fera regretter à tous les autres de ne pas en avoir eu.

Bruno PARA

http://www.noosfere.com/Icarus/Livres/niourf.asp?numlivre=2146586745

 

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2 Responses to “2 novembre: la noosfère oursine”


  1. noviembre 2, 2013 en 2:49 pm

    Chers amateurs de solosos.
    L’autre jour, lorsque j’allais présenter OURS chez Michèle Ignazi, la si chic librairie parisienne, j’avais préparé une mini thèse en allemand dont la lecture devait durer seulement 50 minutes. On m’a fait comprendre que 5 secondes seraient plus que suffisantes. Couvant ma rage ogresque, je n’ai dit que… du bien pendant même pas 5 minutes, et en français… sans trace d’accent (teutonique). Mais je compte bientôt publier tout ce que j’avais dû taire… et même beaucoup plus, bien trempé dans le vinaigre à la framboise, qui me sert à cuisiner les petits grands enfants. En effet, jeudi dernier, chez Palimpseste, qui est une autre librairie parisienne autant chic que choc, puisque disposant d’un sous-sol ou arrière-loge consacrée sataniquement aux littératures hispanophones en version originale, traduite et bilingue… mais je m’égare… chez Palimpseste, disais-je, en parlant avec Laura Gentilezza… mmmm! une Infanta tendre à souhait et, par dessus le marché, spécialiste de la fiction argentine des années 10 (2010, l’époque de Diego)… j’ai eu l’idée de coucher prochainement… sur l’écran ou le papier… une étude sur les fictions plus ou moins égocides de Diego Vecchio, depuis Historia calamitatum jusqu’à Osos. Vous êtes avertis, ça va saigner. L’Ogre de la rue Manin, Bernardo Schiavetta


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Autor/Auteur

DIEGO VECCHIO, Buenos Aires, 1969. Reside en Paris desde 1992.

Publicó "Historia calamitatum" (Buenos Aires, Paradiso, 2000), "Egocidio: Macedonio Fernández y la liquidación del yo" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2003), "Microbios" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2006) y "Osos" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2010).

Contacto: dievecchio@gmail.com

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