Archivo para 20 febrero 2009

20
Feb
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Jeudi 18 fevrier: lettre ouverte de Wendelon Werner à Nicolas Sarkozy

Je ne pensais pas un jour me retrouver dans la situation qui est la mienne aujourd’hui, à savoir écrire une lettre ouverte au président de la République française : ce qui m’intéresse avant tout, et ce à quoi j’ai choisi de consacrer ma vie professionnelle, c’est de réfléchir à des structures mathématiques, d’en parler avec mes collègues en France et à l’étranger et d’enseigner à mes étudiants. J’ai eu le privilège de voir mes travaux aboutir et récompensés par un prix important. Cela me donne une certaine responsabilité vis-à-vis de ma communauté et me permet aussi d’être un peu plus écouté par les médias et le pouvoir politique.

Comme le montre le sociologue allemand Max Weber dans son diptyque Le Savant et le Politique, auquel Barack Obama s’est d’ailleurs implicitement référé dans son discours d’investiture, nous devons partager une même éthique de la responsabilité. C’est au nom de celle-ci que je m’adresse aujourd’hui à vous.

Vous ne mesurez peut-être pas la défiance quasi unanime à votre égard qui s’installe dans notre communauté scientifique. L’unique fois où nous avons pu échanger quelques mots, vous m’avez dit qu’il était important d’arriver à se parler franchement, au-delà des divergences, car cela fait avancer les choses. Permettez-moi donc de nouveau de m’exprimer, mais de manière publique cette fois.

Je m’y sens aussi autorisé par l’extrait suivant du discours que vous aviez prononcé il y a un an lors de votre venue à Orsay pour célébrer le prix Nobel d’Albert Fert : “La tâche est complexe, et c’est pourquoi j’ai voulu m’entourer des plus grands chercheurs français, dont vous faites partie, pour voir comment on pouvait reconfigurer notre dispositif scientifique et lui rendre le pilotage le plus efficace possible. Je les consulterai régulièrement, ces grands chercheurs, et je veux entendre leurs avis.” Je vous donne donc mon avis, sans crainte et en toute franchise.

Votre discours du 22 janvier a, en l’espace de quelques minutes, réduit à néant la fragile confiance qui pouvait encore exister entre le milieu scientifique et le pouvoir politique. Il existait certes, déjà, une réaction hostile d’une partie importante de notre communauté aux différents projets mis en place par votre gouvernement et leur motivation idéologique. Mais c’est uniquement de votre discours et de ses conséquences dont je veux parler ici.

Tous les collègues qui l’ont entendu, en direct ou sur Internet, qu’ils soient de droite ou de gauche, en France ou à l’étranger (voir la réaction de la revue Nature), sont unanimement catastrophés et choqués. De nombreuses personnes présentes à l’Elysée ce jour-là m’ont dit qu’elles avaient hésité à sortir ostensiblement de la salle, et les réactions indignées fleurissent depuis.

Rappelons que vous vous êtes adressé à un public comprenant de nombreux scientifiques dans le cadre solennel du palais de l’Elysée. Je passerai sur le ton familier et la syntaxe approximative qui sont de nature anecdotique et ont été suffisamment commentés par ailleurs. Lorsque l’on me demande à quoi peut servir une éducation mathématique au lycée pour quelqu’un dont le métier ne nécessitera en fait aucune connaissance scientifique, l’une de mes réponses est que la science permet de former un bon citoyen : sa pratique apprend à discerner un raisonnement juste, motivé et construit d’un semblant de raisonnement fallacieux et erroné.

La rigueur et le questionnement nécessaires, la détermination de la vérité scientifique sont utiles de manière plus large. Votre discours contient des contrevérités flagrantes, des généralisations abusives, des simplifications outrancières, des effets de rhétorique douteux, qui laissent perplexe tout scientifique. Vous parlez de l’importance de l’évaluation, mais la manière dont vous arrivez à vos conclusions est précisément le type de raisonnement hâtif et tendancieux contre lequel tout scientifique et évaluateur rigoureux se doit de lutter.

Nous sommes, croyez-moi, très nombreux à ne pas en avoir cru nos oreilles. Vous, qui êtes un homme politique habile, et vos conseillers, qui connaissent bien le monde universitaire, deviez forcément prévoir les conséquences de votre discours. Je n’arrive pas à comprendre ce qui a bien pu motiver cette brutalité et ce mépris (pour reprendre les termes de Danièle Hervieu-Léger, la présidente du comité que vous avez mis en place ce jour-là), dont l’effet immédiat a été de crisper totalement la situation et de rendre impossible tout échange serein et constructif. De nombreux étudiants ou collègues de premier plan, écoeurés, m’ont informé durant ces quinze derniers jours de leur désir nouveau de partir à l’étranger. J’avoue que cela m’a aussi, un très court instant, traversé l’esprit en écoutant votre intervention sur Internet.

Le peu de considération que vous semblez accorder aux valeurs du métier de scientifique, qui ne se réduisent pas à la caricature que vous en avez faite – compétition et appât du gain -, n’est pas fait pour inciter nos jeunes et brillants étudiants à s’engager dans cette voie. La ministre et vos conseillers nous assurent depuis plus d’un an que vous souhaitez authentiquement et sincèrement aider la recherche scientifique française. Mais vous n’y parviendrez pas en l’humiliant et en la touchant en son principe moteur : l’éthique scientifique.

Comme vous l’expliquez vous-même, la recherche scientifique doit être une priorité pour un pays comme la France. En l’état actuel des choses, il ne semble plus possible à votre gouvernement de demander à la communauté scientifique de lui faire confiance.

De nombreux collègues modérés et conciliants expriment maintenant leur crainte d’être instrumentalisés s’ils acceptent de participer à une discussion ou à une commission. Les cabinets de la ministre de la recherche et du premier ministre ont certainement conscience de l’impasse dans laquelle vous les avez conduits. J’ai essayé de réfléchir ces derniers jours à ce qui serait envisageable pour sauver ce qui peut encore l’être et sortir de l’enlisement actuel.

Un début de solution pourrait être de vous séparer des conseillers qui vous ont aidé à écrire ce discours ainsi que de ceux qui ne vous ont pas alerté sur les conséquences de telles paroles. Ils sont aussi responsables de la situation de défiance massive dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, et que votre intervention du 22 janvier a cristallisée.

Ils ont commis, à mon sens, une faute grave et c’est votre propre dogme que toute faute mérite évaluation et sanction appropriée. Cela permettrait à notre communauté de reprendre quelque espoir et de travailler à améliorer notre système dans un climat apaisé, de manière moins idéologique et plus transparente.

Il est, pour moi, indispensable de recréer les conditions d’un véritable dialogue. L’organisation de la recherche et de l’enseignement supérieur est certes un chantier urgent mais, comme vous l’aviez noté il y a un an, il est d’une extrême complexité. Sa réforme demande de l’intelligence et de la sérénité. Il n’appartient qu’à vous de corriger le tir.


Wendelin Werner, professeur de mathématiques, université Paris-Sud et Ecole normale supérieure. Médaille Fields 2006 et membre de l’Académie des sciences

Paru dans Le monde, 18.02

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Mercredi 18 février: et d’un seul coup, 100 personnes se mirent à lire place St-Michel.

Les universitaires en grève organisaient mercredi midi à Paris une lecture éclair.

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Un lieu (place Saint-Michel), un jour (mercredi), une heure (midi), et un livre au choix. Il se passe alors deux choses : la place Saint-Michel semble se figer d’un coup, et, simultanément, un brouhaha monte, couvrant le bruit de la fontaine parisienne. Ils sont une bonne centaine à lire tout haut, immobiles, le nez dans leur bouquin. Dans cet ensemble compact de voix d’abord indistinctes, on attrape des bribes de phrases, lues plus ou moins vite, avec plus ou moins d’emphase. «C’était parce que je croyais aux choses…» (Proust), «…ses cheveux crépus…» (Eugène Sue), «…la brûlure du napalm…» (Jean Ziegler), «…les feuilles du ginko tombaient des branches comme une pluie menue…» (Italo Calvino), «…non sans la crainte amère d’un refus…» (Eugène Sue, bis), «…la parole retenue et contenue au cœur du système…» (Arlette Farge) Les consignes de cette flash mob («mobilisation éclair») organisée par les enseignants-chercheurs en grève tenaient en quelques mots: venir avec un livre, lire un passage pendant cinq minutes, se disperser. Simple, rapide, médiatiquement efficace (en l’occurence l’opération a attiré quelques caméras et une dizaine de photographes) et plus moderne qu’une bonne vieille manif. Les participants, étudiants ou enseignants pour la plupart, ont été prévenus par mail, texto, bouche à oreille. Depuis le début du mouvement il y a trois semaines, les universitaires mobilisés déclinent toute une panoplie d’actions de ce type: cours «hors les murs» en pleine rue ou dans le tramway, lecture-marathon de la Princesse de Clèves, freezing (un classique de la flash mob)… On observe les livres et leurs propriétaires: une étudiante piercée lit en espagnol un roman intitulé Lo Prohibido, un enseignant de Paris I s’est fixé sur un texte de Jonathan Swift, Modeste proposition. Des lectures en cours, des auteurs cultes, des illustres inconnus, des pavés annotés au crayon, des poches pour faire pratique et des belles éditions pour faire bien. Excepté un Marc Lévy (qu’on soupçonne d’être un choix deuxième degré), quelques polars écornés et deux-trois auteurs SF, les liseurs ont sorti les classiques: Platon, Aragon (très en vogue avec cinq exemplaires recensés à vue d’œil), Baudelaire (au moins deux Fleurs du Mal), Garcia Lorca, John Irving, Albert Cohen… Marc, directeur d’une section spécialisée d’un collège de Sarcelles (Val-d’Oise), a apporté «directement depuis sa table de chevet» sa lecture du moment, Les Amitiés et les Amours de Max Jacob. Son épouse, prof d’Arts plastiques, a choisi un essai d’une chercheuse du CNRS, Arlette Farge. Pourquoi sont-ils là ? «C’est une action symbolique contre les réformes menées ces derniers temps dans l’Education et, au-delà, contre toute une logique de contrôle de privatisation, au détriment de la transmission du savoir.» D’autres parlent de «défaite de la pensée» ou de «droit au savoir». 12h05, nouveau coup de sifflet. Fugitive impression de silence et le bruit de la rue reprend tout à coup le dessus. Les livres se ferment, leurs lecteurs repartent vers la Sorbonne, le métro ou le café du coin, laissant la place aux touristes.

Article de Cordelia Bonal. Libération 18/02.

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Vendredi 13: Harry et Sam

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Mardi 10 fevrier: cours de traduction dans le tranway

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Cours de thème et de littérature comparée dans le tramway transformé en amphi

Le prof n’a pas choisi son texte au hasard : «Napoléon le petit», extrait du pamphlet politique de Victor Hugo, qu’il lit à haute voix dans l’allée du tramway. Autour, les passagers sourient. Et debout en cercle, face à l’enseignant, les étudiants notent, cahier ouvert, et genou souple pour compenser freinages et accélérations sur les voies.

«Bordeaux 3 vous offre un cours de traduction», clame le professeur, à l’ouverture des portes, pour saluer l’arrivée d’une nouvelle vague de voyageurs. «Toute personne qui aimerait se joindre à nous, et nous faire part de sa réflexion est la bienvenue». Blouse blanche bien en vue, l’universitaire poursuit donc l’exercice de thème, corrigeant les propositions de ses élèves qui improvisent une version anglaise du poème.

Amusés, les passagers suivent le cours d’une oreille. «Le choix du texte est symbolique et tout à fait adapté, pouffe Sonia. Il se lit entre les lignes comme un clin d’œil». «C’est excellent», confirment Anna et Jeremy qui sortent de l’IEP. Tous les deux sont enthousiastes. «C’est une façon parfaite de soutenir à la fois une opinion et de faire cours aux étudiants. Et en plus c’est original».

Quelques mètres plus loin, dans la même rame, Véronique Beghain, spécialiste de littérature américaine fait elle aussi un cours de traduction littéraire anglais-français à une dizaine de master-pro. La discussion porte sur un terme d’argot des années 1950 désignant les toilettes. «Gogues me paraît le plus adapté», indique l’enseignante. «Excusez-moi, mais je ne connais pas ce mot ?», s’inquiète une élève. «L’équivalent de chiottes aujourd’hui», précise la prof. Oeillades dubitatives des badauds.

«On ne renie pas du tout les exigences de contenu, précise l’universitaire pour expliquer sa démarche. On sort juste de l’université pour montrer un peu ce qu’on fait et pourquoi on le fait. C’est notre façon de rendre visible notre profession et nos revendications. De rester mobilisés tout en continuant à faire ce qu’on aime, c’est-à-dire enseigner». Depuis hier, les cours de ce type se succèdent dans le tramway et un peu partout en ville. Les profs préviennent leurs élèves par mailing. Ils ont investi la ligne entre le campus et la place de la Victoire, sur laquelle un aller-retour correspond à peu près à une session d’une heure.

Et du côté des étudiants, l’initiative est très bien perçue. Marie, qui travaille pour financer ses études, regrette de ne pas toujours pouvoir aller aux manifs. «Pourtant, j’ai envie de m’impliquer, explique-t-elle. Etre présente à ces cours, c’est une très bonne manière de faire quelque chose, d’afficher que je suis solidaire». Même chose pour Geneviève, qui, si elle avoue des difficultés à se concentrer, apprécie de pouvoir malgré tout «suivre le programme», et surtout de  «montrer que nous sommes unis, et que nous ne vivons pas dans un monde à part».

A l’arrêt suivant, c’est un cours de littérature comparée, dédié aux «poètes d’Alexandrie», qui s’apprête à démarrer. Un petit groupe déguisé en troubadours et en hommes sandwichs vient annoncer la prochaine manif, qui partira de soir à 18 heures de la Victoire. L’ambiance est détendue, et les passagers se laissent volontiers distraire. «C’était super intéressant, et le trajet est passé tellement plus vite», applaudit, une jeune femme.

Demain, par contre, c’est l’université qui reçoit, avec une grande journée portes ouvertes à Bordeaux 3. Elle invite en particulier l’ensemble de la communauté enseignante du primaire et du secondaire dans le but de «s’unir», et de «montrer la continuité des attaques contre le système éducatif», pointe Véronique Beghain. Au programme, en particulier, un vaste débat à partir de 16 heures, sur le thème : «Pourquoi l’école de demain ne formera plus de petits Guy Moquet». Encore une référence littéraire devrait faire écho au plus haut sommet de l’Etat.

Article de Laure Espieu, Liberation, 11/02/2009.
Photo : Nicolas Tucat.

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Février 04: bonne chance!

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Autor/Auteur

DIEGO VECCHIO, Buenos Aires, 1969. Reside en Paris desde 1992.

Publicó "Historia calamitatum" (Buenos Aires, Paradiso, 2000), "Egocidio: Macedonio Fernández y la liquidación del yo" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2003), "Microbios" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2006) y "Osos" (Rosario, Beatriz Viterbo, 2010).

Contacto: dievecchio@gmail.com

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